La fièvre des corps célestes
Un petit air de Didier van Cauwelaert
(Galimatias noir - policier)
Le polar de l’été 2011 commence le 1er janvier 1998 à... Grenoble !
Théodor Lucas, agent privé de recherche comme il préfère se définir, commence l’année avec une
affaire difficile : l’assassin de Nine Farinas, jeune traductrice d’anglais, court toujours. Six mois
après la découverte de la victime étranglée et violée à son domicile de Meylan, Détec’Théo va partager
le dossier avec son pote, le commissaire Joux et sa secrétaire d’origine roumaine qui aime
la cuisine et les mots sonores.
L’ambition tenace de sa secrétaire, Amalia Bostan, d’accéder aux enquêtes, appuyée par son feeling
pluridimensionnel et son penchant pour l’extrasensoriel, contribuent à dévoiler le secret de
Nine Farinas. Une aventure “longue distance” parsemée d’épices et de retournements, avec des
incursions à Bologne et Miami, et des inconnues qui se substituent.
Dans cette équation, le hasard qui se nourrit du hasard et l’astrologie de Ptolémée vont potentialiser
le thème du destin incontournable. Car «tout est marqué dans la matrice du cosmos, comme
dans une recette de cuisine : les ingrédients, les fluides, les liquides, les particules et les temps
de cuisson. Dans la mécanique universelle, les corps du ciel sont d’abord incandescents. Après la
coction, ils deviennent des planètes, de gros cookies sidéraux. Au milieu, l’homme, cet infime grain
de poussière, programmé à vivre sa petite flamme de vie entre les coups de chaleur des corps
célestes et les humeurs de son propre corps.»
Née en Roumanie, Carmen Duca vit en France depuis 20 ans.
«La fièvre des corps célestes» est son premier livre écrit en français.
Éditions Galimatias - Maison d’édition indépendante et généraliste
info@editions-galimatias.fr
En vente sur www.editions-galimatias.fr et dans les réseaux FNAC, en attente de distributeur.
PREMIERE PAGE DU LIVRE
Premier janvier
-L’ invitée d’honneur de ce Bouillon de culture est Amalia Bostan. Elle
fait une entrée remarquable en ce début d’année littéraire avec son premier
recueil de poèmes, “La première bouchée de clafoutis”, on le voit à
la caméra. Alors, Amalia Bostan, non seulement vous contredisez la mort
annoncée de la poésie mais vous prouvez qu’il n’y a pas d’âge pour commencer
une carrière littéraire. Pourquoi avoir attendu quarante ans quand
il s’agit d’un tel talent ?
- Votre prosodie suggère que la quarantaine est synonyme de crépuscule,
mon cher Bernard. Non, mais qu’est-ce qui vous prend ? Vous voulez
m’empêcher de parler ? Ôtez votre main de mon visage, enfin...
Auteur de poèmes jamais publiés, Amalia Bostan se réveilla d’un
bond, laissant l’image éberluée de l’animateur TV s’envoler avec les
ondes alpha. C’était encore un rêve où son passé bâillonné luttait avec
la quête d’affirmation, anthume si possible. Elle reprit l’oreiller qui lui
avait écrasé le nez et s’y blottit en serrant les paupières. C’était impératif
de retourner sur le plateau et placer un mot sonore, genre procrastination
ou idiosyncrasie, dans les nobles oreilles des poètes.
Zut, ils lui tournaient le dos, les zutiques, repartis vers leurs interstices
temporels. Sans égards pour sa piètre figure.
Toute transpirée dans le pyjama vert sapin qu’elle aimait piquer à
Max, elle abandonna le lit et les velléités littéraires pour un thé à la
bergamote, non sucré, avec une rondelle d’orange.
Les diverses odeurs de la cène finissaient de tourner : le granité d’avocats
à l’ail, suivi dans le désordre par le panier feuilleté aux girolles
sur fond de crème au poivre Sichuan, les escalopes de saumon grillées
aux rubans de poireaux, le gâteau Cherry aux griottes.
Elle traversa le salon en apnée. L’idée qu’elle mériterait de se faire
publier persistait. Il suffisait de peaufiner çà et là et ses poèmes en
prose seraient sortables.
Amalia Bostan, écrivaine ! Poétesse, rhapsode... Vers-libriste ?
Elle plaça ce projet au premier chapitre des bonnes résolutions et
ouvrit largement les fenêtres : gueule de bois générale. La cité paraissait
abandonnée comme un stade après un concert rock, avec les
séquelles traditionnelles de la Saint-Sylvestre - voitures brûlées, abribus
cassés, arcades éclatées.
Des mesures de polka rapide s’échappaient d’un appartement voisin.
Dans l’apathie ambiante c’était aussi cohérent qu’une fanfare dans un
hôpital. En contrepoint du concert viennois, Amalia Bostan exécuta
une série de respirations thoraciques, abdominales et claviculaires.
Elle leva les bras pour bien ouvrir le parapluie de son diaphragme,
inviter le cosmos à s’infiltrer dans ses alvéoles.
L’air piqué d’aldéhydes de l’usine chimique et les miasmes des
déchets du réveillon lui coupèrent net l’exercice.
Encore patraque, elle retourna à son thé en pinçant la couche d’adipocytes
sur le ventre : le plan hypocalorique passait en première position
dans les urgences. À condition de ne pas sombrer dans l’angoisse
dominicale, avec son forfait gracieux : grignotage compulsif, anxiété
d’anticipation, insomnie douloureuse, lundi pénible au travail.
Le lundi au travail...
Amalia Bostan (Ami) était chargée du secrétariat dans une société de
détectives privés dans la capitale des Alpes : l’AgenceTLLT, comme
Théodor Lucas (Théo) et Laurent Tattin (Lolo), associés. La boîte avait
fêté ses dix ans, longévité remarquable pour une petite entreprise,
dans cette ère du fragile et des taxes patronales exterminatrices.
Le secrétariat n’était pas sa vocation première, c’était une fonction
strictement alimentaire. Encore heureuse de l’avoir, ce boulot. Avec
un passé qui n’avait rien d’une kermesse, la fine bouche était superfétatoire,
proclamait-elle, sous-entendant par là : je suis plus qualifiée,
mais je n’ai pas le choix.
Sept ans après le départ de son pays, Ami en gardait des traces d’accent,
une sensibilité à fleur de peau et un fardeau de souvenirs."
Message édité par Livresk le 07-06-2011 à 12:24:41